Le Mythe

    Nous allons maintenant nous intéresser aux différents genres oraux qui ont permis de transmettre les connaissances avant que l’écriture soit capable de le faire. Le mythe est le premier genre apparu, avant la légende ou le conte. Avant d’aller plus loin, voyons deux définitions du mythe, la première selon Mircea Eliade, historien des religions et romancier roumain: « il raconte une histoire sacrée ; il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primordial, le temps fabuleux des commencements ». Une autre définition donnée par Salluste (historien latin) dit que c’est « la relation d’un événement qui n’a jamais eu lieu à propos d’une chose qui existe depuis toujours ». Maintenant que nous avons vu deux bonnes définitions de ce qu'est le mythe et que nous pouvons en avoir une idée globale, voyons en un exemple.

    Il y a bien longtemps, les hommes étaient des animaux et ils habitaient les lacs, les rivières, les plaines, les forêts. Un de ces animaux, le carcajou, chassait dans la forêt. Il chassait parce qu’il avait faim et parce qu’il voulait nourrir sa famille. Un beau jour, le carcajou s’approcha du lac où vivaient les castors. Tout à coup, il aperçut une grosse mouffette, une mouffette grosse comme un ours. La mouffette se sentit menacée ; elle leva la queue et se mit à siffler tout en tapant du pied.

« Si tu ne pars pas d’ici, je vais t’arroser de mon liquide et tu sais comme il sent mauvais », dit la mouffette au carcajou.

    Au lieu de se sauver au plus vite, le carcajou courut tout droit sur la mouffette et il la mordit. Mais la mouffette ne se laissa pas faire, elle lui lança son liquide en plein dans les yeux.

« À l’aide, cria le carcajou, j’ai attrapé une grosse mouffette, elle m’a arrosé, je ne vois plus rien ».

    Tout de suite, les animaux accoururent pour défendre le carcajou. Le loup, le lynx, la belette, le renard et le lièvre arrivèrent. Ils se jetèrent tous sur la grosse mouffette et la lancèrent en l’air. Et en retombant, elle se transforma en plusieurs petites mouffettes qui coururent aussitôt se cacher dans les buissons. Mais après l’incident, le pauvre carcajou ne voyait plus rien et il sentait terriblement mauvais. Les autres animaux lui conseillèrent d’aller se laver à la mer. Alors, le carcajou partit en courant dans la forêt. Cependant, il ne voyait plus rien à cause du liquide de la mouffette dans ses yeux. Il se frappa à plusieurs arbres à qui il demandait son chemin. Finalement, il arriva à la mer et il plongea dans l’eau. Il se lava les yeux et se remit à voir. Et on dit que c’est depuis ce temps que l’eau de mer est salée et que les mouffettes sont de cette grosseur.

    Ensuite, voici quelques caractéristiques du mythe. Celui-ci est sacré puisqu’il y a intervention des Êtres surnaturels, qui sont dans ce cas-ci les animaux qui parlent. Il faut aussi spécifier qu'il est absolument vrai, nous sommes obligés d’y croire puisqu’il réfère à des réalités qui sont non-scientifiques mais, qui répondent plutôt à un profond besoin religieux. Par exemple, le mythe de la mort est vrai parce que la mortalité de l’homme le prouve. Alors, celui du carcajou et de la mouffette est vrai également puisque la mouffette et le carcajou existent, ils sont là pour le prouver. Autre caractéristique, il se rapporte toujours à une création, il raconte comment quelque chose est venu à l’existence. Il peut raconter l’histoire de la création du monde, des animaux, des plantes ou des hommes. Dans l'exemple donné un peu plus haut, on apprend l’origine de la grosseur des mouffettes et de l’eau salée.

    Le mythe est également quelque chose que l’on doit connaître et que l’on doit réitérer. Pour les hommes des sociétés archaïques, il doit être répété par la force des rites et c’est ainsi, selon eux, que l’on pourra revoir ce qui s’est passé à l’origine. Il faut alors les connaître parce qu’en se les réactualisant, on est capable de répéter ce que les dieux, les héros ont fait avant l’origine. Comme on le mentionnait plus haut, « vivre » les mythes est une expérience « religieuse » puisqu’on assiste à nouveau aux oeuvres créatrices des Êtres surnaturels en remémorant des événements fabuleux. Ensuite, une autre caractéristique de ce dernier est qu’il crée des précédents : « avant, les mouffettes étaient géantes et l’eau de mer n’était pas salée... ». Il répond avant même que l’on se pose des questions.

    Alors, on peut dire que s’intéresser aux mythes, c’est aussi s’intéresser aux fondements des sociétés, à ses idées. En fait, pour l’homme archaïque, ils sont de la plus haute importance puisqu’ils lui apprennent des histoires qui l’ont constitué, qui se rapportent directement à lui et qui lui ont fourni un propre mode d’exister. Par exemple, pour comprendre qu’une certaine tribu vit de la pêche, on remonte au mythe et l’on s’aperçoit que c’est parce que, aux temps mythiques, un Être surnaturel a enseigné à leurs ancêtres comment capturer et cuire le poisson. Il raconte l’histoire de la première pêche, effectuée par un Être surnaturel, et ce faisant révèle à la fois un acte surhumain, enseigne aux humains comment l’effectuer à leur tour et enfin, explique pourquoi la tribu doit se nourrir de cette façon. Donc, en les regardant, on peut comprendre les bases de certaines sociétés, ses rapports avec les autres ou le pourquoi de ses agissements.

    Pour conclure, on pourrait résumer le tout ainsi : le mythe donne une signification au monde et à l’existence humaine. Il saisit le monde en tant qu’univers bien ordonné parfaitement compréhensible. Voilà toute son importance.